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11.11.2007
Le 11 novembre
Comme je suis encore bien sonnée (because mon accident a la Rooney), je ne peux malheureusement pas assister comme l’année dernière aux cérémonies du souvenir du 11 novembre devant la statue du Maréchal Foch suivie du pèlerinage au cimetière militaire de Brockwood, mais les autres conseillers seront présents et mettrons comme d’habitude de la part de la communauté française (ie de votre part) une gerbe commune devant la statue du Marechal Foch.
Le 11 novembre me rappelle inévitablement la première guerre mondiale racontée par mon grand-père maternel « papi » car mon grand-père paternel « pépé » était trop traumatise pour en parler, tous les deux appartenaient a la catégorie « des grands blessés de guerre ».
Il faut savoir que Papi était tailleur car ses parents « voulaient qu’il travaille dans un bon métier » malheureusement sa tête appartenait au journalisme, il écrivait et parlait un français impeccable (je ne tiens pas cela de lui) et adorait l’odeur de l’encre d’imprimerie et son cœur a l’occulte (vous avez bien lu). Papi passait donc ses heures de libre entre le journalisme (quelques articles) et l’occultisme (quelques séances).
Donc papi a du faire son service militaire (trois ans a l’époque) et a eu du mal à supporter car se rouler dans la boue n’était pas son truc car il faut savoir que l’uniforme qu’il portait était sur mesure et en laine vierge (home made par lui), donc il s’est fait dispenser des grandes manœuvres par un faux certificat médical lui aussi home made (il était un excellent faussaire)
La guerre de 1914 a commencé au moment précis ou son service militaire se terminait donc il a du continuer et a fait en tout 7 ans d’armée. Comme il était anti militariste, mais pas un lâche pour le citer il est devenu brancardier. Selon lui le début de la guerre n’était qu’une longue marche ou sa grande trouille était surtout de perdre son tire bouchon (qui lui venait de son père qui avait fait la guerre avec Napoléon III) ou ses lunettes (j’ai hérité de sa myopie et de son tire bouchon), il se rappelait surtout la décimation des officiers qui étaient habillés en pantalon garance (rouge) donc des cibles pour l’ennemi.
Selon lui la mort de tous ces officiers a causé une certaine désorientation qui a fait que les hommes du rang ne pouvaient compter que sur eux-mêmes un peu comme la devise des mousquetaires « un pour tous et tous pour un » et pour sa survie on ne pouvait compter que sur ses potes ou « buddies » et personne d’autre. C’est la raison qu’il donnait pour expliquer pourquoi des années plus tard il allait plus que boire avec ses buddies.
Comme il était brancardier, ce qui devait arriver arriva et pendant la bataille de la Marne alors qu’il évacuait un blessé du champ de bataille, un obus est tombe sur le blessé, le blessé et son copain brancardier sont morts et Papi est resté plus de trois jours et nuits en attendant les secours. Quand il a été finalement évacué du champ de bataille il avait la gangrène dans ses deux bras et deux jambes. Ayant violemment refusé l’amputation de ses bras et jambes dans la gare au son de je meurs en une pièce (il était courageux jusqu'à un certain point), il s’est retrouvé a l’hôpital de Poitier agonisant (parait-il on lui jetait des fleurs comme si il était déjà mort) et pour le citer il a été sauve grâce au dévouement du personnel et des méthodes modernes (mais douloureuses).
Quand il s’est remis suffisamment de ses blessures, il a été immédiatement envoyé comme secrétaire dans un ministère a Paris afin de libérer les planqués (ie fils a papa dans des postes confortables dans les ministères) afin de les envoyer au front….Et il a rencontre ma grand-mère….le pauvre car dans le genre ouragan on ne fait pas mieux
Tout cela pour vous dire que papi est ses buddies de la guerre 14 ou « toi et tes poilus comme on disait » c’était quelque chose (parait-il quand ils se sont enfin rasés la barbe leurs familles ne les reconnaissaient pas).
Je trouve très difficile d’exprimer le lien de soutien et d’amitié qui existait entre papi et ses potes de 14. Il faut dire que pratiquement tous avaient en commun est d’être une joyeuse bande d’excentriques par exemple quand papi a été démobilisé, il allait faire des séances de magie et d’hypnotisme avec un de ses buddies, qui était vituose et jouait du violon dans les cabarets parisiens (cela paye mieux que le journalisme).
Cette amitié profonde entre buddies a durée la vie entière même si elle avait le don d’énerver ma grand-mère et quand papi était très malade, il avait la maladie d’Alzheimer, ils venaient tous régulièrement le voir.
Vers la fin un de ses buddies a demande a ma grand-mère d’acheter le caveau a cote du sien a Amecourt un tout petit village de Normandie, ou tous les deux avaient des résidences secondaires, parceque comme ca on pourra se parler. Ma grand-mère a donc acheté le caveau « concession a perpétuité ».
L’enterrement c’était quelque chose car il avait été organisé par les anciens combattants du coin au son de nous enterrons « un ancien combattant » la famille n’a pas vraiment eu droit au chapitre (on aurait pu mais en souvenir de papi on n’a pas voulu).
Je dois dire que pendant tout l’enterrement nous étions partages entre la crainte, la tristesse et le fou rire.
D’abord papi est mort dans sa 80eme année donc la petite bande d’ ex poilus non seulement n’était pas jeune mais comme elle avait survécue a la grande guerre elle était soit gazée, soit sérieusement handicapée et elle a insisté a porter le cercueil et les médailles de papi jusqu’ a l’église, visualisez sans plaisanter on suivait tous le cercueil en priant mon dieu pourvu qu’ils ne tombent pas avec le cercueil, nous avons tous été soulagés quand il a été posé sur les tréteaux.
Ensuite nous avons eu le droit a l’harmonium joué d’une manière poignante par l’équivalent de Mademoiselle le long bec du coin mais on ne pouvait pas se recueillir parcequ’on était tous concentrés sur « le porte drapeau » qui ne tenait pas debout lui et le drapeau, sans plaisanter il a fallu qu’on se mette derrière pour l’empêcher de tomber, mais il na rien voulu savoir et vacillant ou pas il est resté debout jusqu'à la fin.
Tout ca pour vous dire que papi et son pote (il est mort six mois plus tard) sont enterrés cote à cote dans le tout petit cimetière d’Amecourt et que maintenant ils peuvent enfin se parler en toute tranquillité pour l’éternité.
Marie-Claire
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